S’ÉVADER OU DISPARAÎTRE

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Neuroatypie et substances : un lien sous-estimé mais bien réel

Et si derrière certaines consommations, il y avait un cerveau qui cherche juste à survivre au bruit du monde ?

On parle encore trop peu du lien entre les fonctionnements neuro-atypiques — en particulier le TDAH et l’autisme — et la consommation de substances (alcool, cannabis, médicaments, drogues dites « dures », etc.). Pourtant, les études les plus récentes montrent que ce lien est profond, complexe, et encore largement sous-diagnostiqué.

☀️ Pourquoi ce lien existe-t-il ?

Les personnes TDAH ou autistes vivent avec un cerveau qui ne filtre pas les informations de la même façon que les autres. Trop de stimuli, des émotions intenses, des pensées qui fusent ou s’emmêlent, une fatigue de “masquer” son vrai soi pour coller aux normes… tout cela peut engendrer un stress chronique, de l’anxiété, une quête de calme intérieur ou, au contraire, de stimulation.

Dans ce contexte, la substance peut devenir une tentative de régulation. Pas une envie de “faire la fête” à tout prix, mais une recherche : d’apaisement, de focus, de contrôle, de mieux-être. Ce que les spécialistes appellent souvent un comportement de “self-médication”.

Exemple concret :

Un ado non diagnostiqué TDAH peut découvrir que fumer du cannabis l’aide à se calmer, à dormir ou à faire le vide. Une adulte autiste peut boire avant une réunion pour réussir à supporter les interactions sociales sans s’effondrer. Le cerveau cherche un équilibre, parfois à n’importe quel prix.

☀️Ce que disent les chiffres (et ce qu’ils taisent)

Selon les recherches récentes :
• Environ 20 à 50 % des personnes avec un TDAH développeront un trouble addictif (contre 5 à 15 % en population générale).
• Les consommateurs réguliers de méthamphétamine ont 2 à 6 fois plus de chances d’avoir un TDAH non diagnostiqué.
• Une personne autiste adulte a jusqu’à 9 fois plus de risque d’utiliser des substances pour apaiser les symptômes associés à son fonctionnement (anxiété, dépression, surcharge sensorielle).

Mais derrière ces chiffres, il y a un sous-bois d’expériences invisibles : les personnes qui consomment sans jamais en parler, celles qui sont mal diagnostiquées, celles qui ne trouvent pas d’écoute adaptée. Les femmes, les personnes racisées, LGBTQIA+, en situation de handicap, sont souvent les plus oubliées des recherches comme des soins.

☀️ Et si le problème n’était pas la personne, mais le système ?

Nos systèmes de soin, de prévention, d’accompagnement, ne sont pas pensés pour les cerveaux atypiques. Les traitements sont souvent trop normés, les prises en charge peu adaptées, et le regard social… lourd de jugements.

Combien de fois a-t-on dit à un jeune : “tu es instable”, “tu n’as pas de volonté”, “tu cherches juste à te défoncer”… alors qu’il tentait simplement de survivre à son chaos interne ?

Dans beaucoup de cas, ce n’est pas la “drogue” qui est recherchée, mais une forme de soulagement. Et quand on ne reconnaît pas cette souffrance, on ajoute de la honte, de la solitude, de la culpabilité. Ce qui augmente… la consommation.

🟢 Ce qui aide vraiment

Ce que les études montrent clairement :
• Un diagnostic précoce du TDAH ou de l’autisme réduit fortement les risques de dépendance.
• Un traitement bien mené (médicamenteux ou non) peut transformer la vie d’une personne.
• Des approches de réduction des risques (et non de culpabilisation) sont plus efficaces pour les personnes neurodivergentes.
• Les groupes de soutien, les accompagnements psycho-éducatifs, la reconnaissance des besoins spécifiques sont des facteurs protecteurs puissants.

Et surtout : il faut que les professionnels soient formés à ces profils atypiques. Qu’ils sachent qu’un comportement “à risque” peut parfois être un signal d’alerte… ou un appel au secours déguisé.

☀️ En résumé

👉 Non, les personnes neuro-atypiques ne sont pas « plus faibles » face aux substances.
👉 Oui, leur cerveau cherche à s’adapter à un environnement souvent trop brutal.
👉 Et oui, mieux comprendre ces liens, c’est mieux accompagner, mieux prévenir… et parfois même sauver des vies.

☀️ Et toi ? As-tu déjà ressenti que ta consommation (ou l’envie de consommer) était liée à ton fonctionnement atypique ? En as-tu parlé à quelqu’un ? Est-ce qu’on t’a écouté avec bienveillance… ou jugé ?


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